Ecrit par Serginho Le 14.11.2009
C’est au Qatar que le Brésil et l’Angleterre ont rendez-vous, pour un match de gala, ce samedi 14 novembre. Carlos Dunga en a profité pour tester ou relancer plusieurs joueurs en panne de sélections. Avant d’affronter Oman, dans trois jours, ce duel entre deux nations fortes du football, celle qui a inventé ce sport et celle qui l’a réinventé, est le vingt-troisième de l’Histoire. La Seleção y compte dix victoires, trois défaites et neuf nuls.
Mais à quoi il sert ce match ?
Franchement, avec tous ces joueurs sur le dos, ce calendrier qui enquille matchs de championnat et Ligue des champions, un Brasileirão qui touche à sa fin et vit ses dernières sueurs, la Seleção n’en avait peut-être pas vraiment besoin, ni même son luxueux adversaire du jour, l’Angleterre. D’ailleurs, ni Dunga ni Capello ne sont en mesure d’aligner leurs meilleurs bonhommes. Robinho n’a plus touché un ballon depuis des semaines, David Beckham dispute au même moment une phase finale aux Etats-Unis.
Un match au pays des dollars

Deux absences qui tombent mal pour cette rencontre qui a trouvé place à l’autre bout du monde, au Qatar, là où il y a plein de sous à se faire quand on est une fédération. Sans ces dollars du pétrole, ces deux grandes nations du ballon rond n’auraient eu aucun intérêt à filer si loin, à plusieurs heures de vol, avec ces décalages horaire et de température qui ne font jamais du bien aux horloges organiques des athlètes. Bon, puisqu’il est là, ce match, autant le jouer et en profiter pour quelques réglages supplémentaires à quelques mois du Mondial.
Carlos Dunga, à qui les clefs du jeu auriverde ont été confiées, n’a jamais caché sa crainte pour cette Angleterre qu’il a beaucoup observée. Depuis qu’il est arrivé à la tête de la Seleção, il ne s’est pas contenté d’observer ses futurs adversaires, mais les potentiels, ceux que le Brésil peut être amené à rencontrer à la Coupe du monde 2010, but ultime de son voyage. Parmi ceux qui l’effraient le plus, il confie ses angoisses face à l’Espagne – qui lui était promise en finale de la Coupe des confédérations – et l’Angleterre à l’organisation de jeu si agressive.
Déjà un noyau dur
Pragmatique, homme de terrain avant d’être placé sur le banc, Dunga tient à utiliser ce rendez-vous pour quelques derniers réglages, offrir d’ultimes repères à ses joueurs dans une situation différente. Préparer une phase finale mondiale, cela demande du temps, un soin presque maniaque, des heures de repérages et de répétitions. Alors s’offrir, ou plutôt se voir offrir une telle opposition, une formation qui répond pile poil au rude jeu à l’européenne, c’est une occasion fabuleuse. L’obstacle vaut la peine d’être affronté, le test d’être relevé.
A l’approche de cette expédition africaine, le Gaucho sait grosso modo avec qui s’embarquer, quels sont les joueurs essentiels qui seront dans les bagages de la CBF, la confédération brésilienne. Dunga confie d’ailleurs :
« Il est logique que ceux qui ont été régulièrement convoqués bénéficient d’une préférence. Ils ont déjà fait un grand pas. Si au bout de trois ans, je n’avais pas réussi à mettre en place un noyau dur, il faudrait me virer. » Avec certains, il a gagné Copa América et Coupe des confédérations, cela forge plus qu’un moral.
« Le groupe n’est pas encore défini à 100% »

Quelques places restent malgré tout vacantes.
« Nous allons suivre tout le monde jusqu’au dernier jour, précise-t-il ainsi. Le groupe n’est pas encore défini à 100% et nous allons poursuivre nos tests. » Les passe-droits, ce n’est pas son genre, il l’a déjà montré. Les pressions pour enrôler untel et pas tel autre, ce n’est pas de son monde. D’autres que lui auraient ainsi déjà pris Ronaldo, auraient continué à mettre Ronaldinho dans le groupe, aurait fait de Pato un habitué du terrain. L’ancien capitaine de la Seleção a de fortes exigences.
Encore sept mois et le Mondial d’Afrique du Sud sera là, Dunga travaille depuis trois ans, depuis que le Brésil s’est fait claquer la porte au pif en Allemagne, face à la France (0-1). Pendant ce laps de temps, il a convoqué plus de quatre-vingt joueurs et il montre qu’il est capable à tout moment d’en tester un nouveau, d’offrir sa chance à un gars encore laissé sous silence. On l’a vu il y a une paire de mois avec Ramires et André Santos, qui ont été lancés puis adoptés. Felipe Melo n’est pas très ancien, lui non plus.
Les nouveaux viennent d’Europe
Et si d’autres pointaient leur bout du nez ? Face aux Anglais, ce samedi 14 novembre à Doha (Qatar), puis contre Oman trois jours plus tard, à Muscat (Oman), aucun représentant actuel du Brasileirão ne sera testé. On imagine mal Flamengo ou l’Atlético Mineiro se passer d’Adriano ou Diego Tardelli à quatre journées du dénouement. En revanche, Dunga et son adjoint Jorginho ont choisi de lancer cinq nouveaux noms, des éléments qui évoluent en Europe. Il s’agit de Hulk, Carlos Eduardo, Fábio Aurélio, Michel Bastos et Fábio Simplício.
« Nous savons que de grands joueurs qui mériteraient de faire partir du groupe vont rester à la maison. C’est inévitable. » Ces joueurs-là auront leur chance. A 22 ans, Carlos Eduardo Marques évolue à Hoffenheim, à son poste de milieu il est en concurrence avec Elano, à qui il ressemble par la polyvalence de son jeu. Formé au Grêmio, il est technique et cavaleur d’espaces.
« Au Brésil, je jouais sur l’aile gauche, maintenant je peux jouer en soutien des attaquants ou encore au milieu. J’ai fait beaucoup de progrès au niveau tactique en Europe. »
Le grand retour de Fábio Aurélio

Le joueur était canarinha lors du Mondial réservé aux -20 ans en 2007, cette année-là la Seleção avait été sortie vite fait mal fait par l’Espagne (2-4 après prolongations) dès les huitièmes de finale. A Liverpool, Fábio Aurélio Rodrigues occupe le couloir gauche, au poste d’arrière ou plus haut sur ce même flanc. Joueur talentueux, il a souvent été trahi par son physique. A Valence, tout comme à Liverpool, il a souvent été blessé au point de voir son nom parfois oublié dans la difficile succession de Roberto Carlos où personne ne s’est véritablement imposé.
« Si Dunga procède à autant de tests, c’est qu’il y a encore des places à prendre. Je sais que cette convocation est un premier pas et rien de plus. Je veux réussir une bonne prestation pour ne pas en rester là. » Présent sur la Coupe du monde -17 ans en 1995, avec les -20 ans en 1999, il était également aux Jeux olympiques de Sydney (2000). Depuis neuf ans, plus rien, envolé le joueur aujourd’hui âgé de trente ans. Depuis quelques mois, le Brésilien retrouve sa forme et il parvient à faire parler de nouveau tout son talent. Et si c’était son heure ?
Premières pour Hulk et Michel Bastos ?
Avant d’hériter du surnom Hulk, à la faveur d’un passage remarqué dans la ligue japonaise, le joueur répondait plus souvent au nom de Givanildo Vieira de Souza. A 23 ans, c’est encore un inconnu dans la galaxie de la Seleção.
« Je veux saisir toutes les occasions. Si je réalise une bonne prestation avec le Brésil dans ces deux matchs et que je joue bien avec Porto, je suis sûr que j’irai en Afrique du Sud. » Originaire de Paraiba, le garçon a quitté son pays dès l’âge de dix-neuf ans. Il portait alors les couleurs de Vitória avant de migrer au Japon.

Mais c’est au Portugal qu’il est devenu une vedette. Attaquant puissant dans son jeu, il est réputé pour sa vitesse et sa frappe du gauche. S’il est invité à fouler une des deux pelouses à venir, il disputera là sa toute première sélection en équipe nationale. Autre invité surprise aux yeux des Brésiliens, Michel Bastos. Arrière gauche quand il jouait dans le Brasileirão, il s’est fait connaître dans un rôle plus offensif, à Lille puis à Lyon. Buteur et passeur, bon sur les coups de pied arrêtés, ses quatorze buts en 2008-09, en Ligue 1, ont marqué les esprits.
Des joueurs polyvalents
« Je débarque dans ce groupe en toute fin de processus, mais si Dunga nous ouvre la porte, c’est parce qu’il y a de la place, n’est-ce pas ? Je suis arrivé en France en tant qu’arrière latéral, mais je joue aujourd’hui à l’aile. Cependant, il m’arrive aussi d’évoluer au milieu ou en pointe. Je sais m’adapter rapidement. » Cette polyvalence, qu’on retrouve aussi chez Carlos Eduardo, est un aspect qui plaît beaucoup au sélectionneur brésilien, à tout sélectionneur d’ailleurs. L’adaptation du joueur au sein du groupe n’en est que plus rapide.
A lire aussi:
::Le jour où le Brésil a battu la grande Angleterre
::Une Seleção qu’on demande à voir