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« Ce n’est pas un trophée, c’est un cadeau »

Ecrit par Serginho Le 03.02.2010

Ce Samba d’Or 2009 est le deuxième du nom. Pour Gérard Brand, le mosaïste d’Obernai, en Alsace, c’est également son second. L’homme est avant tout un artiste. Luís Fabiano, il ne connaît pas, le football il n’y entend rien. Pourtant, il s’est pris de passion pour l’idée même de ce trophée qu’il appelle mon cadeau. L’homme aux mains d’or a su donner vie et corps à une récompense à qui il donne son cachet et toute son originalité. Le Samba d’Or de Kaká avait son identité, celui de Luís Fabiano en a une autre. On l’a voulu ainsi : ce trophée est à part, il sort de l’imagination d’un artiste, chaque année il change et n’est pas reproductible parce que 2008 ne ressemble pas à 2009, Luís Fabiano n’est pas Kaká.

- D’où vous est venue l’idée de ce trophée Samba d’Or 2009 ?

- Je n’ai pas un caractère à faire toujours la même chose. J’aime bien la difficulté. L’an dernier c’était du spontané, là aussi. J’aime vivre, la vie réserve beaucoup de surprises et d’imprévus. Le pourquoi, on ne peut pas vraiment le dire. C’est juste quelque chose que j’ai imaginé ainsi. Regardez la balle, on la prend en main, elle donne envie. Une balle, c’est d’abord une idée de contact avec l’objet. On la touche avec les pieds, elle touche virtuellement les hommes.

Du fil d’or pour vêtement religieux

- Ce trophée-là, contrairement à celui de l’an dernier, n’a pas de pieds…

- Non, il est mis en valeur par le coussin, c’est une autre forme, un cadeau, une offrande, un présent. Ce n’est pas la même demande, ni la même approche. Réaliser un trophée ne m’intéresse pas, c’est quelque chose que j’ai transformé en œuvre d’art. Dans le Samba d’Or 2008, il y avait un liant (entre les pieds) avec du fil de fer mais c’était le trophée de Kaká. Là, c’en est un autre, c’est celui de… (il hésite) Luís Fabiano, j’ai voulu un contact plus naturel, avec le ballon qui touche tous les joueurs et visuellement tous les spectateurs.

Le trophée est quelque chose qui met en valeur. On ne l’offre pas de la main à la main, donc il lui faut un coussin et non plus un socle. Là je le pose avant de l’offrir. Je trouve que c’est très doux comme matériau, j’utilise ce coussin pour mettre la balle dessus, elle s’y repose. Cela l’empêche de rouler et tomber, cela évite l’accident. J’ai trouvé l’idée comme ça. En gardant la thématique on peut trouver d’autres idées, d’autres formules. J’avais envie de le faire ainsi.

- Le coussin est d’or…

- Le tissu est doré, il est brodé avec du fil d’or. Je l’ai eu par ma fille qui confectionne des costumes religieux. Ma femme en a réalisé le moule et fait décor et revêtement. Il y a du sable dans le coussin, il n’est pas moelleux mais dur. Le polystyrène aurait été trop mou. La finition est au fil d’or.

- La forme du ballon est ovale…

- Légèrement. Rond, je n’aurais pas pu le faire. Je n’aime pas le parfait, ce qui est moulé. Je ne voulais pas réaliser une boule parfaite, ce n’a pas de sens ici. Un œuf n’est pas parfait, c’est légèrement difforme. De loin d’ailleurs, si je regarde la balle, elle paraît ronde. C’est parce qu’elle est légèrement ovale qu’elle rentre dans le coussin tout en paraissant ronde. Si elle était vraiment ronde, alors là, oui, elle paraîtrait difforme. En fait c’est triché. De loin on ne voit pas que c’est ovale. Il fallait que ce soit bien équilibré avec le décor. Pour cela il fallait tricher. C’est pour cela que l’œil n’est pas gêné, il y a beaucoup de choses qui ne sont pas symétriques quand on les mesure. L’œil ne le détecte pas.

« Le drapeau brésilien ? Je préfère le mien »

- Comment décrivez-vous le décor de ce Samba d’or ?

- Il y a le drapeau européen avec ses étoiles, de l’autre côté le drapeau brésilien légèrement étiré. Le drapeau ? J’aime bien son jaune, son rapport de couleur avec le vert. La bande blanche non. Sinon ce drapeau-là ne m’inspire pas vraiment, je préfère mon drapeau à moi, celui que j’ai fait pour le trophée, parce qu’il est difforme. Il donne une dynamique, on a l’impression qu’il roule. Le drapeau brésilien est plus moderne que bien d’autres, il y a moins d’Histoire dedans. Surtout que dans mon Samba d’or j’ai gardé le vide à l’intérieur de la balle, cela donne l’idée qu’il y a quelque chose à combler.

Je préfère travailler dans l’asymétrie, parce qu’il y a du volume. Ma balle (avec le drapeau dessus), l’ai voulue difforme afin qu’elle ne soit pas trop bien. On peut la tourner dans n’importe quel sens, on y voit toujours le drapeau brésilien. Mon drapeau à moi, on peut le distinguer de n’importe où et le regarder sous tous les angles. Ce drapeau a donc une forme sphérique et non pas symétrique comme l’original. Quel que soit le côté par lequel on l’aborde, on doit voir toutes les parties du drapeau, avec son losange et sa bande. Cela devait donc être difforme pour paraître régulier, sinon sous certains angles on n’aurait rien pu voir.

- Quels matériaux avez-vous utilisés ?

- C’est du verre, des émaux de Venise à part la dorure du drapeau européen, qui est doré à la feuille. Toute la matière vient de Venise, elle est spécialement fabriquée pour les mosaïstes. J’ai voulu mélanger l’opaque et le translucide dans ce Samba d’Or. Il y a du fusing, soient deux couches opaques avec la couleur au milieu. La partie neutre du ballon, sans couleur, est en blanc givré. Sinon j’ai gardé ma technique aux tesselles (éléments de base d’une mosaïque) espacées, je la garde parce que c’est ma spécialité.

C’est mon travail, je les appelle mes dentelles. Je ne colle pas sur un support, mes tesselles à moi sont collées entre elles, les unes par rapport aux autres. Il y a du vide entre les tesselles. Je suis le seul, depuis dix ans, à procéder ainsi. C’est très difficile et c’est ce qui fait ma force, ce qui me plaît. Plus c’est dur plus c’est intéressant. Plus on simplifie un travail, plus on le réduit, plus il est difficile à réaliser et plus c’est beau. On élimine le superflu, on va à l’essentiel. Et puis cela fait moins masse, surtout pour le drapeau.

« Je ne suis pas foot »

- Comment définissez-vous les couleurs utilisées ici ?

- le drapeau est avec du jaune que j’appelle mandarine, le bleu est cobalt, les deux verts je les nomme verts comme des tiges de poireau. La dorure est en relief, de 24 carats, cela donne plus d’éclat. L’an dernier c’était lisse.

- C’est votre deuxième Samba d’Or et vous n’aimez pas le football…

- Pas du tout. Je ne suis pas foot, je n’aime pas le jeu en général. Quand je vois des gens jouer aux cartes je m’en vais. Je ne le supporte pas. Voir tellement de monde pour une seule balle ne m’amuse pas. Compter le nombre de points est quelque chose qui ne m’intéresse pas. Mes petits-enfants ne jouent pas devant moi, ils savent.

Ce qui me passionne dans ce projet c’est la liberté qu’on me donne, c’est quelque chose de difficile à expliquer. Je prends toutes les décisions et cela me plaît. Quand on me demande comment je compte faire, je ne sais pas quoi répondre. On me laisse faire. On ne travaille bien que quand on est libre, quand on s’amuse. A mes yeux ce n’est pas un trophée, c’est un cadeau.

Le site de Gerard Brand